L'oeuvre du jour : Johannes Vermeer - Femme jouant à la guitare

2020-07-30 22:00:00 2020-07-30 22:00:00 L'oeuvre du jour : Johannes Vermeer - Femme jouant à la guitare « Ils regardent au mauvais endroit » Une femme jouant de la guitare est un tableau de Johannes Vermeer, peint vers 1670-1672, et exposé à la Kenwood House de Londres. S’il est un artiste du huis-clos, c’est bien lui, le peintre de scènes d'intérieur, celles de sa maison de Delft, deux pièces assez petites. Le décor est dépouillé, mobilier sobre, toile de maître accrochée au mur, quelques objets de la vie quotidienne... La clarté se diffuse et se déploie sous différentes formes de clair-obscur, de contre-jour ou de pénombre. La jeune fille n’occupe pas le centre de la toile mais est assise tout à gauche, créant ainsi une impression de mouvement. L’espace circule autour d’elle laissant toute la place au sujet, à l’émotion de l’instant. Mais qui regarde-t-elle donc hors champ ? Pour qui chante-elle ? Elle rit, heureuse et insouciante, elle s’appelle Marie, est âgée de 17 ans et c’est une de ses filles. Il émane de la droite une lumière radieuse qui joue entre les plis du vêtement souligne la rigueur des lignes du tableau, les arêtes des livres, le dessin parfait de la guitare. Elle se distribue avec délicatesse entre les touches de couleur, bleu de son étole négligemment jetée derrière elle, jaune de la veste en fourrure et de la robe, rouge des joues animées. André Malraux faisait remarquer que chez Vermeer : « le réel n'est pas subordonné à la peinture qui, elle, semble subordonnée au réel. Il semble chercher une qualité qui ne soit pas esclave de l'apparence mais ne s'oppose pas à elle, qui l'équilibre. » On ne saurait mieux dire. En 1974, le tableau a été dérobé par des membres de l'IRA qui demandèrent une rançon de 1 000 000 de pounds. Leur demande rejetée, ils envoyèrent à un journal une bande de toile déchirée sur le bord du tableau, en menaçant de le détruire. Peu de temps après, une dépêche de l’AFP tombe : " la joueuse de guitare vient d’être retrouvée à Londres, grâce semble-t-il à un appel anonyme ». Anonyme, vraiment ? Un dimanche soir, Nella Jones, femme de ménage, finit son repassage devant la télévision et regarde d’un œil distrait un reportage sur le vol d’une oeuvre d'art. Sans savoir pourquoi, elle se dit "ils regardent au mauvais endroit". Des images apparaissent dans son esprit - elle se précipite dans la chambre de sa fille, prend du papier et un crayon, et dessine une carte approximative, marquée de deux croix. Elle « voit » très clairement l’arrière de Kenwood House, où vient d’être dérobée la jeune fille à la guitare, les arbres, la clôture grillagée. Pourtant, elle n’y est jamais allée. Née dans le Kent, dans la caravane d’une famille de gitans, Nella grandit avec le sentiment qu'elle voit des choses. Mais, très vite les enfants la traite de sorcière et refusent de jouer avec elle. Alors elle se tait et garde ses impressions pour elle. Mais pas cette fois: elle appelle Scotland Yard qui lui conseille d'appeler la police à Hampstead. Nous sommes en Angleterre: le policier, imperturbable, l’écoute calmement lui expliquer que s'ils s'éloignaient de l'arrière de Kenwood, légèrement à gauche, et descendaient une ruelle près d'un petit étang, ils trouveraient quelque chose d'utile. Et ils y vont, accompagnés de Nella ! Et trouvent des morceaux du boîtier d'alarme fixé à l'arrière du tableau. Puis ils ramènent chez elle une Nella épuisée après une longue journée sans déjeuner son manteau plein de terre. Quelque temps plus tard, Nella eut une autre vision, celle d’un endroit: «isolé, sombre, creusé de caves, envahi d’arbustes». La jeune fille à la guitare fut retrouvée enveloppée dans du papier journal, appuyée sur le rebord d’une pierre tombale, près de l'hôpital Saint-Barthélemy à Londres, dans le vieux cimetière presque abandonné de Smithfield. Nella n'a jamais été remerciée pour sa collaboration : la police, a-t-elle regretté, n'a même pas proposé de faire nettoyer son manteau. Par contre, elle fut longtemps surveillée et mise sur écoute car on la crut liée au crime. En vain : le mystère n'a jamais été résolu et personne n'a jamais été jugé pour vol. Luxembourg Les amis des musées d'art et d'histoire Luxembourg info@amisdesmusees.lu Europe/Luxembourg public

« Ils regardent au mauvais endroit »

Une femme jouant de la guitare est un tableau de Johannes Vermeer, peint vers 1670-1672, et exposé à la Kenwood House de Londres.
S’il est un artiste du huis-clos, c’est bien lui, le peintre de scènes d'intérieur, celles de sa maison de Delft, deux pièces assez petites.
Le décor est dépouillé, mobilier sobre, toile de maître accrochée au mur, quelques objets de la vie quotidienne... La clarté se diffuse et se déploie sous différentes formes de clair-obscur, de contre-jour ou de pénombre.

La jeune fille n’occupe pas le centre de la toile mais est assise tout à gauche, créant ainsi une impression de mouvement. L’espace circule autour d’elle laissant toute la place au sujet, à l’émotion de l’instant. Mais qui regarde-t-elle donc hors champ ? Pour qui chante-elle ?

Elle rit, heureuse et insouciante, elle s’appelle Marie, est âgée de 17 ans et c’est une de ses filles. Il émane de la droite une lumière radieuse qui joue entre les plis du vêtement souligne la rigueur des lignes du tableau, les arêtes des livres, le dessin parfait de la guitare. Elle se distribue avec délicatesse entre les touches de couleur, bleu de son étole négligemment jetée derrière elle, jaune de la veste en fourrure et de la robe, rouge des joues animées.

André Malraux faisait remarquer que chez Vermeer : « le réel n'est pas subordonné à la peinture qui, elle, semble subordonnée au réel. Il semble chercher une qualité qui ne soit pas esclave de l'apparence mais ne s'oppose pas à elle, qui l'équilibre. » On ne saurait mieux dire.

En 1974, le tableau a été dérobé par des membres de l'IRA qui demandèrent une rançon de 1 000 000 de pounds. Leur demande rejetée, ils envoyèrent à un journal une bande de toile déchirée sur le bord du tableau, en menaçant de le détruire. Peu de temps après, une dépêche de l’AFP tombe : " la joueuse de guitare vient d’être retrouvée à Londres, grâce semble-t-il à un appel anonyme ».

Anonyme, vraiment ?

Un dimanche soir, Nella Jones, femme de ménage, finit son repassage devant la télévision et regarde d’un œil distrait un reportage sur le vol d’une oeuvre d'art.

Sans savoir pourquoi, elle se dit "ils regardent au mauvais endroit". Des images apparaissent dans son esprit - elle se précipite dans la chambre de sa fille, prend du papier et un crayon, et dessine une carte approximative, marquée de deux croix. Elle « voit » très clairement l’arrière de Kenwood House, où vient d’être dérobée la jeune fille à la guitare, les arbres, la clôture grillagée. Pourtant, elle n’y est jamais allée.

Née dans le Kent, dans la caravane d’une famille de gitans, Nella grandit avec le sentiment qu'elle voit des choses. Mais, très vite les enfants la traite de sorcière et refusent de jouer avec elle. Alors elle se tait et garde ses impressions pour elle.

Mais pas cette fois: elle appelle Scotland Yard qui lui conseille d'appeler la police à Hampstead. Nous sommes en Angleterre: le policier, imperturbable, l’écoute calmement lui expliquer que s'ils s'éloignaient de l'arrière de Kenwood, légèrement à gauche, et descendaient une ruelle près d'un petit étang, ils trouveraient quelque chose d'utile. Et ils y vont, accompagnés de Nella ! Et trouvent des morceaux du boîtier d'alarme fixé à l'arrière du tableau. Puis ils ramènent chez elle une Nella épuisée après une longue journée sans déjeuner son manteau plein de terre.

Quelque temps plus tard, Nella eut une autre vision, celle d’un endroit: «isolé, sombre, creusé de caves, envahi d’arbustes».

La jeune fille à la guitare fut retrouvée enveloppée dans du papier journal, appuyée sur le rebord d’une pierre tombale, près de l'hôpital Saint-Barthélemy à Londres, dans le vieux cimetière presque abandonné de Smithfield.

Nella n'a jamais été remerciée pour sa collaboration : la police, a-t-elle regretté, n'a même pas proposé de faire nettoyer son manteau. Par contre, elle fut longtemps surveillée et mise sur écoute car on la crut liée au crime.

En vain : le mystère n'a jamais été résolu et personne n'a jamais été jugé pour vol.

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